AUBOIS DE TERRES ET DE FEUX
Histoires industrielles
Quelques informations essentielles pour mieux connaître l'histoire industrielle de
la vallée de l'Aubois
Pour voir le village depuis les
airs, ciquez sur la loupe
GROSSOUVRE (Cher)
un village né de l’industrie…
Grossauve en 1365, ou Grossour en 1755, Grossouvre hameau de Vereaux, comporte seulement quelques habitations autour d’un haut fourneau
et sa forge, de part et d’autre d’un grand étang de 40 ha alimentant les souffleries de l’usine au moyen de roues hydrauliques.
Les châtelains seigneurs de Grivel ont laissé place aux Durand puis Grenouillet. En 1833 c’est le marquis Alexandre Aguado (homme d’affaires
d’origine espagnole) qui rachète les terres de Grossouvre. L’usine (ainsi que les forges de Trézy en aval) sont alors affermées à la société Boigues.
Il fait des travaux sur le haut-fourneau, bâtit des maisons plus confortables pour les ouvriers (dont les Galeries), implante une grande halle à
charbon.
Le 20 mai 1863, à la demande de son fils Olympe Aguado, le hameau agrandi et populeux devient commune, soustrayant terres et habitants aux
communes voisines (La Chapelle-Hugon, Sancoins et Neuvy le Barrois). La métallurgie s’éteint en 1880. Un banquier de Sancoins, Jean Lavallée,
originaire de Grossouvre achète l’usine, les logements ouvriers, terres et fermes ; avec son fils Ernest, il implante sur le site une tuilerie mécanique
en 1901. De nouvelles habitations seront construites pour les ouvriers briquetiers. La tuilerie de l’Aubois (Imérys-Toitures) est la dernière grande
tuilerie mécanique du Cher.
Il est à noter que le village n’aurait pas pris cet essor sans la présence du Canal de Berry desservant ces usines.
La population était de 489 personnes en 1861; 601 en 1866 ; 506 en 1901 ; 654 en 1931 ; 420 en1968 et 238 en 2008.
Éléments remarquables de la commune :
· Les Galeries (Classées M. H en 2004): Immeuble novateur bâti en 1833-34 pour les ouvriers de l’usine métallurgique, par le marquis
Aguado; 12 logements de 2 pièces desservis par un escalier central et des coursives (12 caves, greniers, jardins et puits); au bout de chaque
galerie un réceptacle en fonte pour récupérer les eaux usées. Achetés en 1885 et rénové par les banquiers Lavallée et fils, revendus en 1968, les
logements restent en l’état quasi d’origine. Ce bâtiment unique en France est réhabilité en 2008 en 5 logements locatifs, il appartient à la
commune de Grossouvre. Un logement témoin a été conservé à la demande d’ATF.
· La Halle à charbon (Classée M.H en 1999) : Bâtie entre 1844 et 1847, elle abritait le charbon de bois nécessaire au haut – fourneau et
feux de forges, puis le charbon de Commentry ou Saint- Etienne acheminé par le Canal de Berry; Rénovée en 2005, elle est désormais un musée
dédié à l’histoire du fer présentée au moyen d’une scénographie attractive pour tous. Elle est devenue l’Espace Métal et appartient au Conseil
Général, gérée par une société d’économie mixte.
· Les Banneries : Quartier route de Véreaux avec un habitat dispersé d’ouvriers – paysans alternant les activités au gré des saisons ou des
besoins du fourneau; la banne étant un récipient en osier pour le charbon de bois.
· Maisons doubles Aguado, rue principale : La matrice cadastrale de Véreaux les fait apparaître de 1840 à 1843, propriété de la famille
Aguado ; avec 2 pièces et un étage, elles ont à l’arrière un four à pain. Puits dans la rue. Elles ont abrité des ouvriers et des artisans. En 1872,
J.Cassard les achète au Comte O. Aguado avant de les revendre à l’unité.
· Barre de logements Aguado rue principale et route de Sancoins : Datant aussi de 1840- 43, 13 logements pour les ouvriers de
l’usine, 2 pièces avec dépendances, puits et boulangerie commune (2 fours) dans la cour à l’arrière. La tuilerie s’en portera acquéreur comme pour
les Galeries auprès de Cassard.
· Logement du régisseur des forges : A l’intérieur daté sur une poutre ‘’Haly 1753’’, il accueillait les employés de l’usine métallurgique,
rendant les comptes au fermier de la bonne marche du fourneau.
· Tuilerie mécanique : Société en commandite créée par les banquiers Jean et Ernest Lavallée de Sancoins originaires de Grossouvre, la
tuilerie briqueterie est mise en chauffe en mars 1901 ; Elle s’agrandira de nouvelles travées et cheminées au fil des années. Le gaz et le fou tunnel
ont remplacé le charbon, le et le fours Hoffman. Les productions sont plus ciblées : tuiles nivernaises et monuments historiques, avec accessoires.
Le personnel plus réduit (une quarantaine) ; les bateaux du port sont oubliés pour les camions. La carrière est route de Véreaux . La tuilerie de
l’Aubois est la dernière grande unité du département et fait partie du groupe Imérys–Toitures.
· Logements Lavallée route de Véreaux : Bâtis en 1915, ils ont doubles et vastes avec jardin et dépendance ; ils accueillent les ouvriers
nécessaires à la marche des nouveaux fours. Puits commun donnant sur la rue.
· La Cité Saint- Paul : 1917, derrière l’église 16 logements avec jardins puits et dépendances ; décor de briques polychromes. La tuilerie
emploiera plus de 180 personnes après 1918. Appel sera fait à la main d’œuvre étrangère. Polonais et italiens s’installeront à Grossouvre et y
feront souche. Des sociétés de musique ou de gymnastique seront créées animant les fêtes populaires.
· L’église : Bâtie pour la population croissante de Grossouvre par le Comte O. Aguado vers 1867, c’est une simple chapelle avec campanile
pour 2 cloches. Elle fut donnée en 1868 à la commune (avec son mobilier et objets du culte) ainsi que le cimetière, 2 maisons rue Principale (une
pour l’école, l’autre pour le presbytère), avant le départ définitif de la famille Aguado. Une plaque est apposée au-dessus du portail de l’église ; les
églises de Sancoins de La Chapelle- Hugon ont reçu aussi les largesses de cette famille (tableaux, chemins de croix, vitraux, cloches…)
· La gare et la ligne de chemin de fer économique: Inaugurées en 1891, sur le trajet Argent -La Guerche- Châteaumeillant (Voie
métrique). A Sancoins se trouvait une bifurcation pour Lurcy Lévis (Allier) et Lapeyrouse (Puy de dôme). En 1951 les petites locos à vapeur ont
cessé leur trafic.
· Le Canal de Berry : Grossouvre est sur sa troisième branche (Fontblisse Marseilles les Aubigny, rejoignant alors le Canal latéral à la
Loire), longeant de près l’Aubois et ses affluents. En 1826 les expropriations arrivent au village, des accords sont signés avec Grenouillet le
propriétaire de l’usine métallurgique pour la gestion des eaux. Mais en 1837 le marquis A. Aguado entame des procès en raison des problèmes
d’eau détournée par le canal , ne respectant plus les accords - l’eau étant vitale à la bonne allure du haut fourneau ; les roues hydrauliques étant
alimentée par les étangs (et d’autres en amont) et l’Aubois. La navigation ne sera effective qu’en 1839. Combustibles, produits finis ou minerais
circuleront favorisant le développement du village et du Val d’Aubois industriel. Le gabarit étroit de ce canal et les manques d’eau réguliers (malgré
les réservoirs de Goule et Pirot, ou l’eau de l’Allier amenée par l’usine élévatoire de Mornay-sur-Allier) signeront la fermeture du Canal de Berry en
janvier 1955. Restent les très nombreuses usines semées sur son cours (tuileries, usines à chaux, forges…)
Geneviève Cagnard
Sources : Centre de documentation ATF, patientes recherches de B. Declerck aux Archives du Cher et de la Nièvre. Ouvrages d’ A.
Laurant (‘’Des fers de Loire à l’acier Martin’’, ‘’Alexandre Aguado et Carmen’’), M. Simonnin (‘’ Grossouvre des gallo romains à la
révolution’’), R. Valentin (‘’Sancoins et son canton’’)
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